Quelle quantité de CO₂ les vêtements produisent-ils ?

Textile

Quand on parle climat, la question revient de plus en plus souvent : combien de CO₂ “pèse” un t-shirt, un jean, une chemise ? Pour les équipes RSE, achats et méthodes, ces ordres de grandeur deviennent indispensables pour piloter des choix matières, process et sourcing. En moyenne, un vêtement se chiffre en kilos de CO₂e, pas en grammes. Un t-shirt en coton se situe typiquement autour de 7 à 12 kg CO₂e, une chemise plutôt entre 10 et 20 kg CO₂e, et un jean autour de 25 kg CO₂e sur tout son cycle de vie. À l’échelle des volumes, l’enjeu est considérable : la production textile mondiale est responsable d’environ 1,2 milliard de tonnes de CO₂e par an, selon les travaux synthétisés par la fondation Ellen MacArthur.
Quelle quantité de CO₂ les vêtements produisent-ils ?

Comprendre l’empreinte carbone d’un vêtement

Quelle quantité de CO₂ les vêtements produisent-ils ?

L’empreinte carbone d’un vêtement correspond au total des émissions de gaz à effet de serre (exprimées en CO₂ équivalent) générées :

  • de la production de la fibre (coton, polyester, lin, etc.)
  • jusqu’à la fin de vie (réemploi, recyclage, incinération, enfouissement),
  • en passant par la confection, le transport et l’usage (lavages, séchages, repassages).

On parle ici de cycle de vie complet (ACV), pas seulement de l’usine.

Au niveau européen, les achats de textiles représentent environ 270 à 355 kg CO₂e par personne et par an, selon les travaux de l’Agence européenne pour l’environnement repris par le Parlement européen.

Des ordres de grandeur : t-shirt, jean, chemise…

Pour fixer les idées, voici quelques repères issus d’analyses de cycle de vie et de bases de données publiques :

  • T-shirt en coton :
    • de l’ordre de 7 à 12 kg CO₂e par pièce en moyenne, avec des études qui donnent un spectre plus large (environ 7 à 18 kg CO₂e) selon les hypothèses de culture, de transformation et de logistique.
  • Chemise (coton ou mélange) :
    • autour de 10 à 20 kg CO₂e sur l’ensemble du cycle de vie, en fonction du grammage, des matières et du pays de production.
  • Jean :
    • environ 25 kg CO₂e par pantalon, dont plus de 90 % liés à la phase de fabrication (matières, mise en forme, assemblage et distribution) et moins de 10 % à l’usage et à la fin de vie.

Ces chiffres sont des ordres de grandeur : ils varient fortement selon la fibre, le pays, le mix électrique, le design produit, la durée de vie et le comportement d’usage.

Pour les entreprises et les particuliers, l’ADEME propose par exemple un simulateur dédié à l’impact carbone des vêtements, permettant d’estimer l’empreinte d’une garde-robe en fonction du nombre de pièces, de leur type et de leur fréquence d’usage.

D’où viennent les émissions de CO₂ d’un vêtement ?

Lorsqu’on “déroule” l’ACV d’un vêtement, la plupart des émissions proviennent de quelques grandes étapes.

1. Production des matières premières

  • culture du coton (eau, engrais, énergie),
  • production de fibres synthétiques à partir de ressources fossiles (polyester, polyamide),
  • production de fibres artificielles issues de la cellulose (viscose, lyocell…).

C’est souvent le premier poste d’émissions, notamment pour le coton conventionnel et le polyester vierge.

2. Transformation : filature, tissage, tricotage

Machines de filature, métiers à tisser et tricoteuses consomment beaucoup d’électricité. Plus le mix électrique est carboné (charbon, gaz), plus l’empreinte CO₂ grimpe.

3. Ennoblissement : teinture, lavage, apprêts

Phase très consommatrice :

  • d’énergie thermique (chauffage des bains, séchage),
  • d’eau et de produits chimiques (colorants, auxiliaires).

C’est un poste majeur d’empreinte carbone et de pollution de l’eau.

4. Confection et logistique

  • la confection elle-même pèse moins que les étapes précédentes, mais n’est pas négligeable à l’échelle des volumes ;
  • le transport (maritime, routier, et surtout aérien) peut vite alourdir le bilan lorsqu’on multiplie les flux urgents.

5. Usage et fin de vie

  • les lavages à chaud, séchages au sèche-linge et repassages multiplient les kWh consommés ;
  • la fin de vie (réemploi, recyclage, déchets) apporte une couche additionnelle, même si elle reste minoritaire dans le bilan global d’une pièce standard.

Ce qui fait varier la quantité de CO₂ d’un vêtement

Deux t-shirts visuellement similaires peuvent avoir des empreintes carbone très différentes. Les principaux facteurs de variation :

  1. Type de fibre
    • coton conventionnel vs coton mieux géré, lin, chanvre, fibres cellulosiques, polyester vierge vs recyclé, etc.
    • certaines fibres émettent moins pour 1 kg de matière, mais tout dépend aussi des pratiques agricoles ou industrielles.
  2. Pays et conditions de production
    • mix électrique (charbon vs renouvelables) ;
    • efficacité énergétique des usines ;
    • qualité du traitement des effluents.
  3. Conception du produit
    • grammage, nombre de pièces, complexité de confection ;
    • présence d’accessoires ou de traitements spécifiques (enduction, impressions, finitions spéciales).
  4. Durée de vie réelle
    • plus le vêtement est solide et porté longtemps, plus l’impact par usage diminue ;
    • un jean porté 5 ans n’a pas du tout le même profil qu’un jean porté 6 mois avant d’être jeté.
  5. Usage et entretien
    • lavages à basse température et séchage à l’air libre réduisent l’empreinte par rapport à des lavages fréquents à 60 °C et au sèche-linge.
  6. Fin de vie
    • réemploi, seconde main, upcycling, recyclage matière…
    • ou au contraire incinération et enfouissement.

Pour un industriel, ces paramètres sont autant de leviers de réduction possibles, mais ils ne relèvent pas tous du même périmètre (usine vs usage client).

Comment utiliser ces chiffres côté industriel ?

Les ordres de grandeur de CO₂ par vêtement ne sont pas qu’un outil pédagogique. Ils peuvent être intégrés à la stratégie industrielle.

1. Prioriser les gisements d’économie de CO₂

En croisant :

  • volumes vendus par type de produit (t-shirt, jean, chemise, etc.),
  • impact carbone moyen par pièce,

on identifie rapidement les références les plus “climato-intensives” sur lesquelles concentrer les efforts (matières, process, sourcing).

2. Écoconcevoir les produits

Les chiffres d’ACV permettent de tester des scénarios de substitution :

  • coton conventionnel → lin ou chanvre sur certains segments,
  • polyester vierge → polyester recyclé pour des usages techniques,
  • simplification des assemblages, réduction du grammage, durabilité renforcée.

L’objectif n’est pas seulement de “verdir” une matière, mais de réduire l’impact global par année d’usage.

3. Dialoguer avec les donneurs d’ordre

Les ordres de grandeur crédibles de CO₂ par vêtement permettent de :

  • répondre de manière structurée aux questionnaires RSE ;
  • co-construire des roadmaps de réduction avec les marques et distributeurs ;
  • documenter les bénéfices climatiques d’un changement de matière ou de process.

4. Préparer les nouvelles exigences réglementaires

Avec la montée en puissance de l’affichage environnemental, des obligations de reporting climat (CSRD) et des stratégies textiles européennes, les données CO₂ par produit vont devenir un langage commun. Mieux vaut les maîtriser en amont que les subir.

Vers une vision plus fine de l’empreinte carbone des vêtements

Dire qu’un t-shirt “fait 10 kg de CO₂” n’a de sens que si l’on précise comment ce chiffre est calculé et dans quel contexte industriel il s’inscrit. L’objectif, pour les acteurs français et européens, est moins de figer un chiffre définitif que de :

  • comprendre la structure des émissions sur leurs propres gammes,
  • prioriser les bons leviers (matières, process, design, durée de vie),
  • suivre dans le temps les réductions obtenues.

À l’échelle d’une entreprise, la démarche peut commencer par quelques références “pilotes” (t-shirt, jean, best-sellers), puis être élargie progressivement à l’ensemble du portefeuille. C’est cette vision fine, nourrie de données robustes, qui permettra de transformer les objectifs de neutralité carbone en plans d’action industriels concrets.


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